Voir un ours polaire, un narval ou un béluga dans le Passage du Nord-Ouest n'est jamais garanti : ici, la faune suit la glace, les courants et les proies, pas les horaires des croisiéristes. Mais certaines fenêtres et certains détroits concentrent les observations depuis des décennies, documentées aussi bien par les expéditions de Franklin et d'Amundsen que par les chasseurs inuits qui lisent ces eaux depuis des siècles. Ce guide rassemble ce que l'on peut raisonnablement attendre, saison par saison, et les règles de prudence qui s'imposent face à ces animaux.
L'ours polaire, prédateur de la banquise
L'ours blanc (nanuq en inuktitut) vit sur la glace de mer, qu'il utilise comme plateforme de chasse au phoque annelé. Dans l'archipel arctique canadien, les meilleures chances d'observation se situent fin juillet à début septembre, quand les bateaux progressent le long des côtes du détroit de Lancaster ou près de l'île Devon, et que les ours, repoussés vers la terre par la fonte de la banquise, se déplacent le long des rivages à la recherche de nourriture. On les aperçoit aussi parfois à la nage, sur plusieurs kilomètres, entre deux plaques de glace. La région de Baffin, autour de Pond Inlet, reste une zone régulièrement citée par les guides locaux. En hiver, l'ours est davantage présent sur la banquise elle-même, donc moins accessible aux visiteurs sans expédition spécialisée.
Narval : la licorne des mers arctiques
Le narval, avec sa longue défense spiralée (en réalité une dent), fréquente les eaux profondes et froides du détroit de Lancaster, de la baie de Baffin et des fjords du nord de l'île de Baffin. Les regroupements les plus documentés ont lieu en été, de juillet à septembre, lorsque les narvals remontent vers leurs zones d'alimentation côtières après avoir hiverné plus au large. Pond Inlet et la région de Tremblay Sound sont des lieux historiquement mentionnés pour ces rassemblements, parfois plusieurs centaines d'individus. L'observation se fait généralement depuis la côte ou en petite embarcation, à distance, car les narvals restent discrets et plongent longuement.
Béluga, le blanc sociable
Contrairement au narval, le béluga s'approche davantage des estuaires et des eaux peu profondes, notamment lors de la mue estivale où il recherche des fonds graveleux pour se frotter. L'estuaire de la rivière Cunningham, près de Resolute Bay, et certaines baies de la région de Kugluktuk, à l'ouest du passage, figurent parmi les sites régulièrement cités. La période la plus propice reste juillet-août, quand la glace de mer a suffisamment reculé pour libérer l'accès aux estuaires. Les bélugas voyagent en groupes et leur présence est souvent signalée par les habitants des communautés inuites avant même celle des opérateurs touristiques.
Comment et depuis où observer
Trois options existent, avec des contraintes différentes :
Depuis un navire d'expédition (juillet à début septembre) : c'est le moyen le plus simple pour couvrir plusieurs sites en une même traversée, mais les horaires et itinéraires restent soumis à la météo et à l'état des glaces, comme pour toute navigation dans ces eaux. Depuis la côte, en séjournant dans une communauté comme Pond Inlet, Resolute Bay ou Kugluktuk : séjour plus long, moins coûteux, et souvent plus respectueux puisqu'il s'appuie sur des guides locaux qui connaissent les zones sensibles. En kayak ou petite embarcation encadrée : réservé aux zones autorisées, avec accompagnateur inuit ou guide certifié, jamais en solitaire.
Les lignes directrices nord-américaines recommandent de rester à au moins 100 mètres d'un ours polaire et de ne jamais s'en approcher à pied. Pour les cétacés, gardez une distance d'au moins 100 mètres également, réduisez la vitesse du bateau et ne poursuivez jamais un groupe qui s'éloigne. Ces règles, rappelées par les autorités territoriales du Nunavut, s'appliquent aussi bien aux visiteurs qu'aux opérateurs.
Saisons et fenêtres d'observation
De juin à mi-juillet, la banquise commence tout juste à se fragmenter : les ours sont encore visibles sur la glace côtière, mais l'accès maritime reste limité. De mi-juillet à fin août, c'est la fenêtre la plus large : narvals et bélugas remontent vers les estuaires, les ours longent les côtes, et la navigation est généralement plus praticable, sans certitude absolue puisque la glace décide. En septembre, les jours raccourcissent et le trafic maritime touristique diminue fortement, les conditions redevenant plus incertaines. Il convient de vérifier chaque année les prévisions glace auprès des services canadiens avant de planifier un déplacement vers ces régions.
Le savoir inuit, une ressource essentielle
Les communautés inuites observent ces animaux depuis des générations et leurs guides savent reconnaître les signes avant-coureurs d'un regroupement, que ce soit un changement de courant, l'arrivée de la glace ou le comportement des oiseaux marins. Faire appel à un guide local n'est pas qu'une question de sécurité : c'est aussi la manière la plus respectueuse de s'approcher d'un territoire où la chasse de subsistance, encadrée par des quotas, continue de nourrir les familles. Les visiteurs sont invités à se renseigner sur les pratiques locales avant tout déplacement en dehors des sentiers balisés par les communautés.
